11 août 2007

A présent

Attention!

Ne te révolte plus.

Les carottes sont cuites

Tu risques de ne plus avoir besoin de tes dents

                                                                          Elleaudit

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Mabi 

 

 

27 juillet 2007

Au nom d’Atlas

L'orange était marron puis le feu du soleil a coulé la terre ; comme l'eau source du mont Toubkal est devenue lac d'Ifni. Sur la couture de la terre berbère, la montagne est adrar. A l’ombre du jour le chiba sèche. Ses feuilles amères réchauffent l’homme. Avec son bâton, il randonne sans fin sur les chemins de l'Atlas. Son enfant cavalier et le mulet rentrent lorsque le voile du chapeau de l'Ayyour se montre.  Elle éclaire la nuit. Le froid chante "Brdr" dans la maison de pisé, terre rouge sombre paille et cailloux. A l'intérieur le four rassemble les corps affamés. Le tajine accueille les doigts. Ils trempent le pain dans la sauce encore doucement bouillonnante. Le thé en cascade glousse et mousse, dans le verre, petit brasero pour des mains avides de chaleur.                                               Elleaudit

                                                                                                6bf752362258517fd53fdaadb13d8647.jpg

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19 juillet 2007

Comprimé

Je suis collée à d'autres dans les sous-sols de la ville, en train de subir une attaque aérienne. Nous sommes là depuis un temps ébranlé, suspendu. Evacués dans le tout-à-l'égout, nous avons marché longtemps dans des galeries souterraines, jusqu'à l'arrêt énigmatique de notre grande colonne d'égarés.
Il n'y a presque pas de lumière. Parfois la flamme d'un briquet éclaire une tronche hallucinée. J'essaie d'avancer. La foule compacte râle, immobile. Ma main distingue dans une poche une boîte d'allumettes que je consumerai l'une après l'autre jusqu'à chiper un coin imprenable, caché.
Une face surgit à ma droite, proéminente, graissée par la peur. Sa bouche ouverte ne parle plus. Je pousse. Je repousse. Ma flamme me brûle les doigts. Je n'ai plus de feu. Les visages inconnus se recouvrent de noirceur, dans la confusion, d'un silence mêlé aux grognements.

Je crame une autre allumette. Je repère une tronche familière où la suspicion traîne, comme à l'ordinaire. Une goutte d'eau éteint la flamme. La canalisation suinte. Soudain, le silence est presque total. Un gamin pleure en sourdine.

Alors, un vacarme se prend à résonner dans mes oreilles, longtemps rebelles au signal d'une attaque épuisée. Les veilleuses s'allument l'une après l'autre. Les tronches se découvrent. La difforme s'affiche. La tronche sonnée, aux côtés de l’orpheline, ignore encore la sirène gueulante. Puis la tronche friponne s'éclaire à la nouvelle, appelle à décamper. Bobonne et sa tronche dégonflée interroge le sens de l'alarme. L'ancêtre impose une tronche privée d'impatience.
Une fois de plus, alors que toutes s’avancent vers la surface, l'alerte claironne et harcèle.

La lumière faiblit. Les tronches s'effacent. J'aperçois, avant l'obscurité, une tronche vulnérable, un dernier miroir.

08 juin 2007

A genou

Marguerite était avec sa copine Bleuwenn

dans l'allée entre le buisson et le grillage.

Elles regardaient dehors et elles ont escaladé le grand portail à cause des pointes du grillage.

Elles n'étaient pas encore en haut 

et la maîtresse les tirait déjà en arrière.

La punition les exposa sur les genoux professoraux pour une fessée publique.

Et puis un jour, la maîtresse montrait à Marguerite

comment faire un pompon et elle lui a dit.

T'es con. 

21 avril 2007

Echappée

La petite bête trottine depuis des heures dans un labyrinthe qu'elle parcourt avec une énergie singulière. Parfois elle s'arrête dans un angle, semble réfléchir et reprend sa recherche ; il n'y a rien à trouver. Le labyrinthe est long, tortueux et fermé par des cloisons transparentes. L'homme regarde du haut de sa grandeur raisonnable et scientifique. Il pense à quoi, on peut se le demander. Il attend quelque chose, un signe de faiblesse, d'ennui, d'énervement. Mais rien. Rien ne change pour la petite bête. Elle reste la même, vive et trottinante.

Une gamine entre dans la salle. Elle tient dans sa main les myrtilles cueillies dans le jardin. Elle salue son père, s'extasie devant la petite bête à qui elle donne quelques fruits, passés par un couvercle. La bestiole se fige, examine les myrtilles, les renifle longuement. Elle les abandonne. Elle les refuse. Le scientifique intrigué s'approche. Ne sont-elles pas bonnes ces myrtilles ? L'homme les goûte. C'est bon. C'est sucré. La bestiole n'aimerait-elle pas le sucre ? Toujours est il qu'elle trottine ! Déjà 5 heures que ce jeu a commencé. Et rien n'avait pu corrompre sa belle énergie.

Lui-même se sent fatigué. Pourtant il hésite à interrompre une si longue expérience sans une réaction de la petite bestiole. Il la regarde encore quelque temps et décide, après tout, d'ôter la cloison transparente. Il laissera la bestiole sans mur aucun. Il verra bien. Et il regarde. La bestiole se fige et s'envole.

07 mars 2007

Ecritures

Je vous convie à prendre en filature les auteurs des ateliers d'écriture "Points de suspension"

 

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13 février 2007

La marque du trépan

Paula marche dans un dédale de maisons construites sur une colline. La nuit tombe ; A l'orée d'une bâtisse, elle rencontre un vieil homme, l'air crétin, sans doute seul depuis trop longtemps. Elle demande à passer. Il acquiesce et le mur s'ouvre devant elle. Paula avance et découvre une salle très spacieuse, haute comme la grange de son grand-père. Elle entre et ressort. Rassurée et curieuse, elle repasse par le pays de son enfance, du moins le croit-elle.

Son grand-père est là, assis, une paille à la bouche. Il est loin mais où ? elle ne sait pas. Il est muet. Ou il ne parle plus. La balançoire, au milieu de la sombre grange, grince des cordes ; comme lorsqu'elle berce quelqu'un.  Le foin est assez épais pour recevoir les chutes des enfants. Dehors les cris joyeux et coléreux de la grande famille attirent l'oreille. Paula se dirige vers l'extérieur, à la lumière du temps ensoleillé, imbécile heureuse qu'elle était de courir et sautiller à travers les ruisseaux, les champs, les arbres et les chemins en compagnie de ses parents.

La journée avait été fantastique: revivre comme l'enfant qu'elle était, l'avait remplie d'un plaisir élémentaire qu'elle avait oublié. Le temps s'était surement arrêté ; elle ne se souvenait plus quand elle avait franchi le passage. Elle se sentait un peu fatiguée ; les autres continuaient à s'amuser inlassablement. Paula entreprit de retourner vers la voie ouverte dans le mur.

Le grand-père, toujours assis dans la grange, mâchouille sa paille. Paula explore le mur du plafond d'où elle est venue, reste que la voie a disparu. Le mur semble s'être refermé sur elle. Un peu mal à l'aise, elle se dit que le mur s'ouvrira sans doute bientôt, qu'elle n'a qu'à retourner rire avec la compagnie enfantine.

Un temps incertain passe. La bande familiale ne s'écartait plus des divertissements dominicaux qui consistaient à jouer, manger, se chamailler ou polémiquer selon l'âge, se jalouser et s'inviter pour des prochaines fêtes. Saoulée par la comédie familiale, Paula voulait partir.

Elle tente un nouveau regard dans la grange. Le grand-père mâchonne. Le mur reste bouché. Est ce que le grand-père entend ? Paula ne se rappelle pas lui avoir jamais parlé. Elle sait que les autres lui parlent en gueulant. Parfois, il répond l'air incommodé par tant de bruit. Le grand-père émet un son pour dire. Il ne parle plus. Il s'est transformé en vache ruminante. Elle s'appelle Pépé. Sacré Pépé mon grand-père ! pense Paula.

Eh dis Pépé, t'as vu le trou dans le mur ? tu te rappelles du trou, dis ? Pépé rumine. Il se lève et sort. Embarrassée, Paula se dit que Pépé ne l'aime pas, sans doute à cause de son indifférence enfantine. Elle prend la place assise du Pépé et médite. Pépé revient. Il tourne un moment dans la grange, se pose sur la balançoire. Les yeux baissés, il fixe ses pieds et mâchonne la paille. Son pied droit le pousse légèrement en arrière. Pépé balance. Paula le regarde et pense qu'elle le pousserai bien un peu. Elle y va. Placée derrière lui, elle attrape les cordes, tire et lâche. Doucement, Pépé balance sa paille, accroche ses deux mains aux cordes, plie ses jambes en arrière, les tend en avant. La balançoire tangue. Pépé est un enfant.

Paula observe et découvre une couture sur la tête nue du Pépé. Son béret s'est envolé dans le va-et-vient. La tête de Pépé s'appellait légion. Elle et les autres font une. Le grand-père aussi a perdu la tête. La médecine l'a ouverte et l'a refermée. La tête de Pépé est emmurée.

08 février 2007

Ventriloquer

Un jour en cherchant la clé, la concierge de l'immeuble trouve un fil à retordre serré autour d'une clé. Ne pouvant défaire le fil, elle donna telle quelle la clé enfilée au locataire. Sachant l'ascenseur en panne, il monte les sept étages d'un pas dynamique. Sur le pas de la porte, bien sûr la clé se tord de rire dans une serrure qui n'est pas la sienne. Le locataire, mécontent, a eu une envie folle de tordre le coup de cette satanée concierge. Il descend quatre à quatre les sept étages et se retrouve à la cave. Perdu dans le noir, il trébuche et s'accroche in extrémis à la canalisation d'eau qui explose sous la pression du corps avachi.

L'eau coule à grand débit sur les escaliers, la cave se remplit à bonne allure. Aggripé aux pierres du mur, le locataire se lève prudemment pour ne pas glisser, remonte jusqu'à la porte qui donne sur le rez de chaussée. La porte est fermée. N'en croyant pas ses yeux, il ne panique pourtant presque pas ; ce qui n'est pas mal  en soi car sa peur dans ce lieu n'est pas nouvelle et même ancienne. En fait, ce lieu s'appelle la panique. A la fois fier d'y être, sans être absorbé par le sentiment, et aussi à l'aube de ressentir ce manque d'air si caractéristique de l'oppression, le locataire décide de crier pour se faire entendre, au moins de la concierge qu'il ne veut plus étrangler. Le cri reste à l'intérieur, ne sort pas ou alors s'étrangle pour ne pas exister.

L'eau monte. Ses chaussures se remplissent ; ses pieds trempent, déjà.  Il doit trouver quelque chose, n'importe quoi pour le sauver, pour ouvrir cette porte. Ses poches, son sac, il regarde, cherche, tatonne partout. Une clé! une petite clé au fond de son sac... La serrure est bien trop grande!!.. Le locataire regarde la porte. Il voit une chaîne passée d'un cadenas et une toute petite serrure!.. L'espoir l'enivre, il faillit faire tomber la petite clé dans l'eau recouvrant maintenant la plus haute marche. À bout, il se concentre, il entre la clé, tourne, tire le pêne en arceau ; ça s'ouvre! il dégage la chaîne, pousse la porte, court vers le vestibule, frappe la porte de la concierge, hurle  "Madame! Madame!" au visage de la concierge interloquée par ce locataire mystérieusement causeur. "Qu'est ce que c'est que ça ? vous hurlez ! je peux vous entendre !  mais votre bouche ! elle ne remue pas ? elle est ouverte et elle ne remue pas !! s'affole la concierge.

Masse endormie

Je vois trouble. Le réveil ne passe pas bien. Ma tête pèse des tonnes sur la balance. L'horloge marque 10 heures. Je prends une douche, lave mes dents, prend un peu de crème, blanche, en tube, dans chaque main ; je regarde mon reflet, étale la crème. J'accélère, je m'habille, enfile mes chaussures, ferme la porte.

Je suis dehors et j'avance. Les gueules des gens sont aussi plates que la mienne. Je me poste à l'arrêt du bus. Il arrive. Je monte, je m'assois. C'est tranquille. Je peux doucement émerger..

Je sors ; l'affreux vacarme m'attrape les oreilles ; tout le monde klaxonne. Je regarde, interloquée, les énergumènes sonneurs, emmanchés dans leur voiture, l'air mauvais, les yeux mi-fermés, crispés, transmettant des mots ; « Dégage! Dégage ou jt'écrase! ». Plus effrayée qu'en colère, j'évite les yeux incendiaires et fonce dans le métro.

Je descends ; je monte ; je marche. Les gens marchent, descendent. Le quai est blindé ; aucune rame ne passe ; la foule s'agglutine. Les postes vidéo miroitent les messages d'alarme ; le trafic est interrompu.

Un son sourd monte du corps de la foule. Près du mur j'envisage un homme chauve ; savez-vous ce qui se passe ? Il me dévisage mais ne répond pas. Je plante devant, sans comprendre ; je m'éloigne. J'approche une vieille femme ; savez-vous ce qui se passe ? L'air embêté, elle fait un signe d'impuissance. Je pose la question à son voisin, son fils peut-être ; savez-vous ce qui se passe ? Il me regarde l'air examinateur. Il ouvre son porte-feuille, en retire une, un bic et écrit ; il me tend la feuille.

Je lis ; «depuis ce matin, personne ne parle ». Je le regarde, épatée ;  «pourquoi ?». L'homme prend de nouveau le papier et écrit.

Je lis. «Je ne sais pas ; je n'ai plus de son dans ma voix». Je m'étonne ; «vous dîtes que vous ne pouvez pas parler ?» Il écrit; «non et les autres aussi, mais vous, je vous entends» ; je lis.

Je regarde alentour ; toutes les têtes sont déjà tournées vers moi. Elles s'approchent, les corps se rencontrent sans parole. La foule me compresse. Le bord du quai est proche. Mon pied sent le vide ; «Arrêtez de pousser!». Mes derniers mots accompagne ma chute sur les rails, enkilosant mon corps mal réveillé.

Je me relève et supplie ; Les silencieux me regardent l'air indifférent.

Un mouvement sourd émerge de nouveau ; des mains montrent les postes vidéo. 

Je lis ;  le programme reprendra dans quelques instants...

25 janvier 2007

du temps

le temps de faire une sieste

le temps de rester chez soi

le temps qui laisse pousser les arbres

le temps de raccourcir un pantalon

le temps que j'use à me souvenir de son nom

le temps qu'ils passent loin de leurs familles

le temps passé dans l'avion entre eux et moi

le temps d'avaler un café le matin

prend du temps et temps mieux

Attends...

le temps de retrouver le sens

le temps de circonscire le vide

le temps que je prends pour en faire le tour

le temps seul s'allonge

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