21 avril 2007

Echappée

La petite bête trottine depuis des heures dans un labyrinthe qu'elle parcourt avec une énergie singulière. Parfois elle s'arrête dans un angle, semble réfléchir et reprend sa recherche ; il n'y a rien à trouver. Le labyrinthe est long, tortueux et fermé par des cloisons transparentes. L'homme regarde du haut de sa grandeur raisonnable et scientifique. Il pense à quoi, on peut se le demander. Il attend quelque chose, un signe de faiblesse, d'ennui, d'énervement. Mais rien. Rien ne change pour la petite bête. Elle reste la même, vive et trottinante.

Une gamine entre dans la salle. Elle tient dans sa main les myrtilles cueillies dans le jardin. Elle salue son père, s'extasie devant la petite bête à qui elle donne quelques fruits, passés par un couvercle. La bestiole se fige, examine les myrtilles, les renifle longuement. Elle les abandonne. Elle les refuse. Le scientifique intrigué s'approche. Ne sont-elles pas bonnes ces myrtilles ? L'homme les goûte. C'est bon. C'est sucré. La bestiole n'aimerait-elle pas le sucre ? Toujours est il qu'elle trottine ! Déjà 5 heures que ce jeu a commencé. Et rien n'avait pu corrompre sa belle énergie.

Lui-même se sent fatigué. Pourtant il hésite à interrompre une si longue expérience sans une réaction de la petite bestiole. Il la regarde encore quelque temps et décide, après tout, d'ôter la cloison transparente. Il laissera la bestiole sans mur aucun. Il verra bien. Et il regarde. La bestiole se fige et s'envole.