19 juillet 2007
Comprimé
Je suis collée à d'autres dans les sous-sols de la ville, en train de subir une attaque aérienne. Nous sommes là depuis un temps ébranlé, suspendu. Evacués dans le tout-à-l'égout, nous avons marché longtemps dans des galeries souterraines, jusqu'à l'arrêt énigmatique de notre grande colonne d'égarés.
Il n'y a presque pas de lumière. Parfois la flamme d'un briquet éclaire une tronche hallucinée. J'essaie d'avancer. La foule compacte râle, immobile. Ma main distingue dans une poche une boîte d'allumettes que je consumerai l'une après l'autre jusqu'à chiper un coin imprenable, caché.
Une face surgit à ma droite, proéminente, graissée par la peur. Sa bouche ouverte ne parle plus. Je pousse. Je repousse. Ma flamme me brûle les doigts. Je n'ai plus de feu. Les visages inconnus se recouvrent de noirceur, dans la confusion, d'un silence mêlé aux grognements.
Je crame une autre allumette. Je repère une tronche familière où la suspicion traîne, comme à l'ordinaire. Une goutte d'eau éteint la flamme. La canalisation suinte. Soudain, le silence est presque total. Un gamin pleure en sourdine.
Alors, un vacarme se prend à résonner dans mes oreilles, longtemps rebelles au signal d'une attaque épuisée. Les veilleuses s'allument l'une après l'autre. Les tronches se découvrent. La difforme s'affiche. La tronche sonnée, aux côtés de l’orpheline, ignore encore la sirène gueulante. Puis la tronche friponne s'éclaire à la nouvelle, appelle à décamper. Bobonne et sa tronche dégonflée interroge le sens de l'alarme. L'ancêtre impose une tronche privée d'impatience.
Une fois de plus, alors que toutes s’avancent vers la surface, l'alerte claironne et harcèle.
La lumière faiblit. Les tronches s'effacent. J'aperçois, avant l'obscurité, une tronche vulnérable, un dernier miroir.
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